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Le Devoir d'Informer

FARD ET FRASQUES D’UNE PRODUCTION
Analyse des faits dans le « GRAND JURY »: Babacar FALL- Abdou Latif Coulibaly, une bataille de style.

Par M. Aïcha Ndiaye, Quebec

L’émission du GJ de ce dimanche 15 novembre a failli ravir la vedette à l’anniversaire de ma fille. La production a révélé des vertes et des pas mûres, tellement la tension était crescendo. Une tension du débat qui a heurté et qui a fait des émules. Je comprends l’ardeur des deux différentes approches et l’enjeu de nos deux promus. Bref, la vitalité a fait quelque part ombrage à un talent du micro et montre toute l’importance de la dialectique dans ce métier. Me voilà, dans cet observatoire qui se veut guère de jugement, encore moins, de déclaration de vainqueur ou de vaincu dans cette émission. C’est juste une relecture d’un podcast, un décryptage d’un face-à-face professionnel qui se veut pédagogique. Un exercice du métier qui peut interpeller chaque professionnel, libre et capable d’interpréter car, nul n’a le monopole de la communication, de l’expression orale codifiée.
Un ami teigneux me disait: « le malheur commence quand les mots ne se suffisent pas à eux-mêmes ». L’invité de cette fin de semaine, le ministre Abdou Latif Coulibaly n’a pas vraiment facilité la tâche au directeur de l’information de RFM, Babacar Fall, présentateur de l’émission Grand jury. Pourtant par une entame sereine, les deux professionnels semblaient attaquer ce temps d’antenne sans anicroche. Plus l’horloge tournait, mieux la confrontation orale s’emballait et quelqu’un semblait prendre le dessus sur l’autre. Dans mon observatoire d’analyses des faits de l’actualité et du journalisme international, je me suis souvent intéressé aux discours, aux publications scientifiques, aux blogs, surtout aux émissions et débats télévisés entre candidats politiques survenus au Sénégal, au Canada, aux USA. Ce décryptage particulier synonyme de face-à-face radiophonique a son pesant de faits antinomiques, tel le scoop du finissant président Donald Trump qui vient d’ admettre pour la première fois la victoire de Joe Biden, l’intelligence de l’apprenant face au maître, l’art oratoire soumis à l’épreuve de deux praticiens, etc… Restons à la Rue 15 x Corniche Dakar pour anatomiser ce tête-à-tête, où l’on découvre aisément que la mise en forme de (l’information) s’est dissoute dans le processus de (communication). Une grande différence.
Dans la réponse à la première question M. Coulibaly qui exprimait sa peine face aux nombreux morts liés à l’immigration clandestine, sa compassion pour ces familles sénégalaises et africaines, a vite reçu une relance sur la déclaration des chiffres annoncée par l’Organisme onusien, particulièrement l’Organisation Internationale de migrations (OIM). Premier quiproquo et premier tacle oral entre les deux orateurs.
Babacar Fall charge et cogne, Latif Coulibaly esquive et punche. Le débat s’anime. ALC interpelle l’animateur de l’émission sur les approches et éléments quantitatifs de l’OIM? Nombre de morts en mer ?
Et alors ? Rétorque Latif, l’ONU et son organisme se trompent, j’assume…bute l’assertion de Coulibaly ! Semblant de cafouillage pour Babacar Fall qui, d’une voix étreinte, tient bon son conducteur. Un questionnaire pertinent certes, mais qu’un « dinosaure de la communication » du calibre de A.Latif Coulibaly ne saurait laisser intimider ou se malmener.
D’une dialectique posée et bien argumentée, les deux journalistes tentent à qui mieux mieux, d’illustrer la maîtrise des techniques d’une communication axée sur le logos. Une démonstration qui fait figure de proue dans les exposés de candidats aux examens.
Pour revenir à la logique des faits et de la rhétorique que le présentateur de « RFM Matin » souhaitait imposer à son invité, pourquoi ce qui marchait tous les dimanches a dysfonctionné hier matin 15 nov 2020 ? Pourquoi le natif de Sokone, frais ministre pour la seconde fois, secrétaire général du gouvernement s’est battu pour déstructurer et démonter comme un éléphant dans une poterie, l’argumentaire, dévoyant le plan de match de son co-débatteur, prouve que le génie n’est pas de l’improvisation. Une chose est sûre : Les mots et les piques utilisés par le ministre Abdou Latif Coulibaly ou par BF semblaient toucher le journaliste de RFM et parfois le détenteur du « sac à paroles » du gouvernement . B Fall partage un ressenti par un twitt. « Désolé de la tournure de l’émission… ». Qui s’excuse s’accuse, que se reprocherait notre cher cadet et confrère? L’attitude de l’invité, sa prestation ou le déroulé qualitatif du contenu de l’émission ? Creusons dans le vif pour mieux comprendre. Le rythme de l’émission est irréprochable même s’il fallait ne pas y aller à go. Juste un sourire jaune à peine audible est à noter. Le débat a pris des allures de confrontation. Des joutes verbales de deux orateurs qui se sont pas fait de cadeaux, ils sont allés au ring sans pitié. « Coup contre ironie « ,  » Snobisme contre humilité » « Culot contre vantardise  » tout y était.
Dans une réplique, M. Coulibaly, le « formateur » a apprécié tel du « sensationnalisme » un certain traitement d’informations sur les voyages mortels de dizaines de jeunes dans la mer. En profondeur, il juge sans objectivité sur le nombre de partants encore moins de morts. Une sorte de réponse qui peut irriter tout présentateur, pire, lorsqu’un invité vous dit qu’ :«il faut dans tes analyses et critiques savoir raison garder… » ou « vous êtes en train de tromper vos auditeurs, alors que vous n’êtes pas là pour les tromper mais plutôt pour les informer…» Ça peut perturber grave mais, c’est le sel du métier ! Faire du journalisme, c’est aussi oser et savoir poser des questions au-delà du qui, du pourquoi et du comment ? C’est aussi s’inventer un style. Les questions fermées pour faire jaillir une vérité cachée, une information importante, un scoop, ont laissé place à des commentaires plus exhaustifs. Face à ce même exercice de débat que j’ai pratiqué durant des années, j’ai souvent eu des tumultes moi aussi. Le journaliste n’est pas tout le temps la vedette de l’interrogatoire. Oui, j’admets que: Qui s’y frotte s’y pique. Des piqûres Latif a en données. Est-ce que Babacar Fall respectait beaucoup trop son invité au point de ne pas se faire qualifier « irrespectueux étudiant » ? Je ne juge pas. Ou bien est-ce que Abdou Latif Coulibaly est un dur à cuire ? En tout cas sur beaucoup de questions la tension était très vive et les émotions se constataient dans les voix. La cosmétique, la passion, le fard, la hargne, le pathos, et le filigrane de la déstabilisation sont mesurables tout au long de cette émission. L’on constate que la charge de Abdou Latif Coulibaly sur Babacar Fall est constante. Je mentionne : « Expliquez-moi cette faute de communication du président, vous êtes dans le détail » ? « Vous vous moquez du conseil des ministres, lance A. Latif ?« Non, je ne me moque pas du conseil des ministres, précise Babacar Fall. Une brouille de dialogue entre les deux.
« Si vous procédez ainsi vous risquez de ne rien comprendre ». Je comprends la contre-stratégie du ministre. Jamais le tonitruant journaliste n’a été aussi éprouvé dans la conduite de son émission. Mon jeune confrère malgré son acabit a été tenu au collet par son Maître Abdou Latif Coulibaly qui le connaît bien ou qui l’a beaucoup écouté.Les ripostes de Latif du style de dire : « Ces analyses radicales de type, c’est l’échec sont erronées », ou le « président de la république devrait faire ceci, devrait faire cela », « si on ne peut pas faire la différence entre échec et difficultés, il y’a problème », autant de faits, de mots contre maux qui ont émaillé cette production. Babacar de dire votre argumentaire s’affaisse…Latif de répondre « ne me faites pas dire, ce que je n’ai pas dit je ne fais pas de spéculations ». « Vous manquez des questions de fond Babacar », le présentateur « Vous faites du Latif Coulibaly à chaque fois que vous êtes invité chez nous RFM ». Ce qui n’enlève en rien, le mérite de ces deux journalistes qui, après l’émission vont certainement débriefer ensemble. Une analyse média que la presse va peut-être éplucher encore, tellement la production dominicale de RFM a livré un charivari pédagogique, dogmatique des fondamentaux du journalisme. Le révélateur twitt du présentateur Babacar Fall est une parfaite illustration.Je le cite : «Désolé pour la qualité de l’émission…». Paul Coelho un pertinent et prolifique écrivain disait ceci :« En ce moment, beaucoup de gens ont renoncé à vivre. Ils ne s’ennuient pas, ils ne pleurent pas, ils se contentent d’attendre que le temps passe. Ils n’ont pas accepté les défis de la vie et elle ne les défie plus ». J’ai défié la critique pour partager un point de vue professionnel, Babacar a défié Latif au parloir c’est un charme du métier.
En définitive, on est unanime à comprendre que les mass média ont la capacité de transformer les mentalités et les individus. L’émission du « GJ » a été un bon mets de mots contre maux entre deux journalistes qui ont défendu leurs idées, leur conviction de « made in use » sous une forte et palpitante passion.


Mamadou Aicha Ndiaye, Journaliste
Québec, le 15 novembre 2020