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Le Devoir d'Informer

La tragique histoire de Mohamed Ka, l’agent du GIGN qui s’est fait exploser la main

Rompu à la tâche, l’Adjudant Mohamed Ka a été amputé de la main droite suite à l’explosion d’une bombe lacrymogène, vendredi dernier lors des manifestations de l’opposition pour soutenir le leader du Pastef, Ousmane Sonko. Elément du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (Gign), L’Observateur retrace le profil de l’Adjudant Mohamed Ka.

«Ames sensibles, s’abstenir !» Avant d’être imprimées en clichés poignants, pour être exhibées sur la toile, leurs auteurs avaient sonné l’alerte sur la sensibilité des images. De regard, elles étaient toutes plus désobligeantes les unes que les autres. Les images ne sont pas faites pour les âmes sensibles. Mohamed Ka, agent du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (Gign), a subi une grave contusion à la main droite, après l’explosion d’une grenade lacrymogène. La main complètement endommagée par la puissance de la bombe lacrymogène, Mohamed était en intervention, vendredi dernier, lors des manifestations de l’opposition sur les Allées du Centenaire de Dakar, ex boulevard du Général De Gaulle, pour exiger la libération du leader du parti Pastef/Les Patriotes, Ousmane Sonko. Ce dernier est accusé de viols et de menaces de mort par Adji Sarr, une masseuse de 21 ans du salon «Sweet Beauty». La main droite fracassée et transformée en mille morceaux, les clichés ont fait le tour de la toile. Les images ont choqué plus d’un. Touchées certaines sensibilités. Rapidement exfiltré après le choc par ses frères d’arme pour masquer ces clichés insoutenables, Mohamed a été conduit à l’hôpital où finalement la main a été amputée. Mais qui est Mohamed Ka ?

Rigueur et professionnalisme
Côté professionnel comme social, cet élément du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (Gign), doyenne des unités spéciales des forces de sécurité et de défense sénégalaises, est un «Ka» exemplaire. Natif de Guinguinéo dans la région de Kaolack, Momahed Ka a démarré son service militaire en 1999. Physique d’athlète, teint basané, le jeune Mohamed Ka s’engage dans le deuxième contingent de mai 1999 du Centre d’instruction de Dakar-Bango dans la région de Saint-Louis, au nord du Sénégal. Après quatre mois de formation à Bango, le jeune Ka est réengagé et il poursuit sa formation militaire. A la fin de la durée légale des deux ans de formation militaire, l’enfant de Guinguinéo jette son dévolu sur la Gendarmerie nationale. Il n’avait qu’un seul rêve, «intégré le corps d’élite du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale», confie un de ses promotionnaires du deuxième contingent de mai 1999 du Centre d’instruction de Dakar-Bango. «C’est ma classe, nous étions dans la même compagnie à Bango et il avait une affection pour le Gign. Ce qui lui est arrivé est un accident, mais il est très professionnel», témoigne sa classe. Son collègue du Gign, Alpha Sarr, en rajoute une couche. Dans une lettre ouverte, Alpha témoigne : «La vidéo insoutenable qui t’affiche tenant, sans sourciller, ta main gravement blessée et ensanglantée, est devenue virale. Les Sénégalais, dans leur écrasante majorité, s’en sont fortement émus. Les observateurs avertis y ont vu un homme au courage surhumain, un soldat d’exception tributaire d’une formation qui exalte la réputation de nos troupes d’élite. Ce qui est remarquable, c’est que ton arme en bandoulière n’est jamais tombée aux mains de l’ennemi (les manifestants : Ndlr). Sans plaintes ni complaintes, ta main saine faisant office de garrot empêchant, avec force et lucidité, la vie de quitter tes veines ouvertes, tu as marché droit, droit dans tes bottes. Tu as honoré la Gendarmerie, tu fais la fierté de ta patrie.» Un cœur meurtri.

Détaché pour la garde des enfants du couple présidentiel
Après la durée légale des deux ans de formation militaire, Mohamed Ka entre dans la gendarmerie comme auxiliaire. Le jeune homme gravite les échelons. Il réussit le concours des élèves gendarmes de l’Ecole des sous-officiers de la gendarmerie nationale (Esogn) de Fatick. Il fait partie ainsi de la 38e promotion des élèves gendarmes. Le rêve n’est pas encore atteint. L’élève gradé voit plus grand. Il multiplie les concours et obtient son Diplôme de qualification des élèves gradés (Dqeg). Il fait partie de la 4e promotion du Dqeg de l’Ecole des sous-officiers de la Gendarmerie nationale de Fatick. Déterminé, Mohamed Ka réussit au concours très sélectif du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (Gign). Il intègre ainsi le Gign en 2010-2011.

Il subit une formation de près de deux ans. Sa première année a été une formation de base et la deuxième année était une formation de spécialisation et d’application. Après avoir obtenu son Brevet du Gign, Mohamed Ka intègre la Force d’intervention (Fi). «Mohamed est un agent très déterminé. Pour la spécialisation et l’application, on peut être renvoyé à tout moment du stage de formation et pour des raisons diverses comme les insuffisances techniques, la baisse des facultés physiques, blessures, etc. Mais il a tenu bon pour intégrer le Gign», confie une source de L’Observateur.

Réintègre la base arrière du Gign
Mohamed obtient ainsi le grade d’Adjudant au sein du prestigieux corps du Gign. Il est dépeint par ses promotionnaires comme un homme sérieux, rigoureux dans la mission et sérieux dans le travail. Cette rigueur dans le travail lui a permis d’être détaché pour la garde rapprochée des enfants du couple présidentiel. «Il était même aux Etats-Unis avec Amadou Sall, fils aîné du couple présidentiel, quand ce dernier poursuivait ses études au pays de l’Oncle Sam. C’est au retour des Etats-Unis qu’il a réintégré la base arrière du Gign», nous souligne-t-on.

Côté social, l’Adjudant Mohamed Ka est crayonné comme un gars gentil, humble et trop humain. «Il est très social et très disponible. Il aime rendre service. Et cela n’entache en rien son professionnalisme», témoigne un de ses classes. Elément du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale, l’Adjudant Mohamed Ka a été amputé de la main droite, à la suite de l’explosion d’une bombe lacrymogène, lors des manifestations de vendredi dernier. Un accident qui hypothèque son avenir dans ce corps d’élite de la Gendarmerie nationale.
FALLOU FAYE

JOKO avec L’OBS