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Le Devoir d'Informer

Les Républiques monarchiques

PAR YORO DIA

La République est le système politique qui a aboli le hasard de la naissance pour le remplacer par le mérite, tandis que la monarchie se fonde sur le hasard de la naissance. Aussi bien que la République, la monarchie peut être démocratique. L’Angleterre a le charme et la particularité d’être en même temps une des plus vieilles monarchies au monde, mais aussi une des plus vieilles démocraties. Ce que la vieille monarchie anglaise est pour la démocratie, les Républiques française et américaine l’incarnent pour la démocratie depuis leurs révolutions. Si la République s’accommode des dynasties politiques comme les Kennedy, les Clinton aux Etats-Unis, les Gandhi en Inde, les Bhutto au Pakistan et les Wade au Sénégal, elle est incompatible avec la «monarchisation» de la dévolution du pouvoir. Et le Sénégal a donné une grande leçon au monde le 23 juin 2011 en freinant le projet monarchique rampant, mais aussi et surtout en réglant démocratiquement le problème lors de la Présidentielle du 25 mars 2012.
Dans une République, quand un fils remplace son père, quel que soit le contexte, on retombe dans la monarchie. C’est là qu’il y a toute la différence entre les dynasties politiques qui sont compatibles à la République et système monarchique. Entre Bush père et Bush fils, il y a eu l’intermède Clinton. Si Hillary Clinton avait été élue en 2016, entre Monsieur Clinton et Madame Clinton, il y aurait eu un Bush et un Obama. Je me suis toujours dit que c’est pour éviter ces conflits dynastiques démocratiques entre les Clinton et les Bush, comme la guerre des deux Roses en Angleterre, qui opposa la maison des Lancaster et celle des York, que les Américains ont élu Obama dont le père n’est même pas Américain, renouant ainsi avec le réflexe du mérite et de l’abolition du privilège du hasard de la naissance, qui sont les piliers d’une République.
Au Tchad, la facilité avec laquelle la Constitution et les institutions ont été suspendues pour installer Deby-fils montre qu’on s’achemine vers un scénario dynastique à la togolaise. La logique familiale et tribale l’emporte sur celle de la République, comme c’est la règle dans les Républiques monarchiques, à l’exemple de la Corée du Nord ou de Cuba des frères Castro. La tâche la plus difficile pour Deby-fils ne sera pas de gagner les élections (simple mécanisme de re-légitimation du pouvoir et non pas remise en jeu du pouvoir) dans 18 mois, mais de tenir militairement face aux rebelles jusqu’à la fin de la transition, car le pouvoir n’est pas dans les urnes, mais «au bout du fusil».
Le Tchad et le Sahel viennent d’entamer 18 mois d’incertitude. Incertitude au Tchad où rien n’est encore joué. Incertitude dans le Sahel, car la priorité de Deby-fils ne sera plus le Sahel ou le Mali, mais comment vaincre la nouvelle rébellion qui va reprendre du poil de la bête après la mort de Deby Itno. La grande leçon qu’il faut en tirer est qu’il est toujours dangereux pour un pays de sous-traiter sa sécurité, comme l’a fait le Mali, car quand vous le faites, vous dépendez de l’agenda et des questions de politique intérieure du pays qui vous apporte le parapluie militaire.
Pour le Mali, les troubles internes au Tchad sont une très mauvaise nouvelle. Une autre mauvaise nouvelle pourrait venir de Paris, lors de la future Présidentielle française, en cas d’alternance. Même si Macron est reconduit, la plus grande implication du Tchad au Mali à la demande de la France marque le début du retrait de France et la «sahélisation» du conflit, comme la «vietnamisation» de la guerre du Vietnam par les Américains. La «vietnamisation» de la guerre au Vietnam entraîna la défaite du camp qui avait sous-traité sa guerre aux Américains. Avec la mort de Deby, la «sahélisation» prend déjà du plomb dans l’aile. Le Sénégal doit en tirer les leçons et se préparer davantage s’il veut conserver son îlot de stabilité dans cet océan d’instabilité qu’est le Sahel.

JOKO/ LeQuotidien